Homélie à télécharger ici : pdfhomélie 4ème dim. de Pâques

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« La vie en abondance », voilà les derniers mots de l’évangile de ce 4ème dimanche de Pâques. Un beau programme! La vie, un mot qui évoque tant de chose pour chacun d’entre nous. Et le souhait de Jésus, c’est qu’elle soit abondante. En ce temps de Pâques, cette promesse résonne particulièrement : Jésus est passé par la mort. Il est ressuscité ! Il a ouvert les portes de la vie. Mais est-ce que la vie est le premier mot qui vient à l’esprit de nos contemporains quand on parle du christianisme ? N’est-ce pas plutôt : ennui et morale ? Pas des choses très excitantes…


Aujourd’hui, comment va le troupeau dont Jésus a pris la tête ? Il ne va pas bien. Pas besoin d’études sociologiques approfondies pour identifier que les chrétiens sont devenus une petite minorité dans notre pays, comme dans beaucoup de pays occidentaux.
Près de 2000 ans ont passé depuis ce discours de Pierre au jour de Pentecôte. Convertissez-vous, disait-il, et venez nous rejoindre, passez par la porte du baptême. Et ce jour-là, 3000 personnes environ s’adjoignirent aux Apôtres. Durant trois siècles, des petites communautés sont nées dans l’Empire romain. Les nombreuses persécutions n’y firent rien. C’était le temps des martyrs. Saint Pierre, encore lui, dans sa première lettre, avait d’ailleurs prévenu : le Christ lui-même a souffert et vous a laissé un exemple. Et il ajoutait : « Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. »
Petit à petit, le troupeau a pris de l’importance. L’Église est devenue puissante. Presque tous se disaient chrétiens, ce qui ne les empêchait pas de faire la guerre ! Hélas, ce n’est pas toujours lorsque les chrétiens étaient les plus nombreux qu’ils étaient les meilleurs ! À chaque génération, en effet, il faut se convertir.
Aujourd’hui, nous sommes redevenus un petit troupeau. On ne nous met plus à mort, mais notre voix se perd dans l’oubli. Dans ces temps où l’on parle de déconfinement et où il la décision des autorités publiques est, si tout va bien, de ne pas permettre que les célébrations publiques reprennent avant le 2 juin, en est une illustration. Nous pouvons en être désolés et rêver du temps mythique où les églises étaient pleines. Mais peut-être pouvons-nous saisir ce changement de décor comme une chance, une grâce. Ne serions-nous pas appelés à réentendre la voix du berger qui nous appelle chacun, chacune par notre nom ? Ne devrions-nous pas nous décider à passer par la porte en toute vérité ? Des portes, il y en a beaucoup qui nous sont offertes aujourd’hui– l’argent, le pouvoir, les plaisirs, les jeux, les sports… – et Jésus nous dit : ma porte, elle aussi, est ouverte. Elle exigeante, c’est vrai, mais si tu passes par elle, tu trouveras des prés d’herbe fraîche, une vie en abondance.
Ce temps que nous vivons depuis la mi-mars, ce temps où ne pouvons plus nous rassembler pour célébrer ensemble est un temps d’épreuve. Il n’y a plus de vie sacramentelle : pas d’eucharistie, mais aussi pas de baptême, pas de mariage, pas de sacrement de réconciliation. Il est difficile de mettre en œuvre le sacrement des malades. D’un autre côté, nous avons pu retrouver la notion d’église domestique. Nous avons pu prendre du temps pour prier, seul et/ou en famille. Nous avons pu reprendre goût à la saveur de la Parole de Dieu, de ce Dieu qui nous interpelle pour nous inviter à la vie. Une créativité incroyable a été mise en œuvre pour garder le lien avec la Parole de Dieu, pour la savourer en petits groupes reliés par les divers moyens de communication à disposition.

Mais être chrétien, c’est faire partie d’une communauté, c’est faire communauté. Ce n’est pas adhérer à des valeurs, si belles soit elles, c’est mettre notre confiance en Jésus, c’est accepter l’invitation de passer la porte pour rejoindre tous ceux et celles qui l’ont fait et pour ensemble avancer vers la vie. Vivre sa foi n’est pas une affaire privée. La foi est d’essence communautaire et elle a besoin de célébrations qui la nourrisse et une foi nourrie conduit à aimer son prochain en actes et en vérité. L’eucharistie est inséparable de la charité. Elle en est même la validation.
Ce 4ème dimanche de Pâques est traditionnellement le dimanche des vocations. Chacun de nous est appelé à découvrir et vivre sa vocation dans l’état de vie qu’il discerne être le bon pour lui : vie religieuse, ministère ordonné, mariage, célibat choisi ou pas.
Mais bien sûr, nous pensons aux ministères ordonnés. Le nombre de prêtres est en chute libre. Ce temps de confinement peut être une belle opportunité à la fois pour les communautés de chrétiens et pour les prêtres de comprendre comment nous nous manquons les uns aux autres et donc de retrouver notre rôle dans la vie chrétienne. On est ordonné pasteur d’un peuple et pas d’un peuple virtuel, mais d’un peuple présent comme un corps vivant, un cœur que l’on sent battre. Célébrer ou exercer son ministère pastoral à travers internet ou WhatsApp ne remplace pas cette immersion parmi des gens auxquels on a donné sa vie.
Aujourd’hui, les prêtres et les laïcs se manquent réciproquement. Cela permet de mieux identifier ce qui me manque chez l’autre et pourquoi il me manque. Pas plus que les églises, les prêtres ne font que partie du paysage. Les vocations spécifiques, vie consacrée, sacerdoce, naissent dans une Église qui sait qui elle est, qui sait que faire communauté est dans son ADN, qui a conscience d’être le corps de Christ, qui a conscience d’être envoyée pour annoncer l’Évangile. Si les chrétiens ne forment pas communauté, si cette communauté ne donne pas envie, comment envisager que quelqu’un de normalement constitué ait envie de se mettre à son service ? Cette crise nous permet de mieux identifier ce qu’est l’Église, que c’est chacun de nous qui, avec les autres, fait l’Eglise. Et une Église qui prend mieux conscience d’elle-même, qui sera plus fidèle à ce qu’elle est en vérité favorisera certainement l’éclosion des vocations.
Ce temps de confinement est pour chacun de nous un temps de purification…comme l’or au creuset. La vocation de tout baptisé est vocation à devenir disciple du Christ. Et c’est en Église que nous le devenons, que nous participons à sa mission d’annonce de l’Évangile au monde, l’annonce de la vie en abondance !
Amen !