messe touvetAprès l’annonce par le Premier Ministre que les célébrations publiques du culte ne reprendraient pas avant le 2 juin, les évêques ont manifesté leur tristesse et leur incompréhension.  C’est certainement le cas de Mgr. De Kerimel, notre évêque. Et c’est peu dire que nombre de catholiques ont été déçus par le discours du Premier Ministre mardi 29 avril, devant l’Assemblée nationale, annonçant que les célébrations cultuelles ne pourraient pas reprendre avant le 2 juin. Ils peuvent se demander ce que voulaient dire les belles phrases de notre président  lors de sa prise de parole au Collège des Bernardins à l’invitation des évêques de France en avril 2018.

 

Certes, certains fidèles voient « dans ce confinement prolongé l’occasion de redécouvrir le vrai culte à rendre à Dieu, de ré-expérimenter le sens profond de l’eucharistie, pain partagé » et d’autres acceptent volontiers le prolongement de l’absence de célébrations publiques pour aider à la fin de la propagation du virus. Tout ceci est juste : le sens de l’eucharistie est toujours à approfondir ; le lien avec le service du frère qui découle de l’eucharistie est toujours à entretenir ; l’approfondissement de la Parole Dieu comme nourriture pour notre foi est toujours à continuer. Mais beaucoup de catholiques soulignent leur incompréhension, alors que les écoles et magasins doivent rouvrir leurs portes dans des conditions sanitaires plus risquées que dans le plan proposé par la Conférence des Evêques de France.
La conférence épiscopale (CEF), qui a pris « acte avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions », n’avait en effet pas ménagé ses efforts pour présenter un plan de déconfinement cultuel détaillé et drastique sur le plan sanitaire. « Ce qui nous a beaucoup heurtés, c’est que nous avons travaillé ces propositions à la demande des services du premier ministre, et n’avons eu aucun retour par rapport à cela », souligne le père Thierry Magnin, secrétaire général et porte-parole des évêques de France.
Pour autant, « nous sommes dans une posture de dialogue, en ayant bien compris la prudence qui préside à ces décisions », ajoute-t-il, espérant de la part des autorités civiles « un signe de reconnaissance et de confiance », alors que « les catholiques ont joué le jeu de la solidarité nationale. »
« Pourquoi cette restriction plus forte pour les cultes que pour le reste de la société ? », s’interroge de son côté Mgr Matthieu Rougé auprès du journal La Croix, pointant le fait que les commerces, ainsi que certains musées, pourront rouvrir dès le 11 mai. L’évêque de Nanterre (Hauts-de-Seine), « comprend et respecte » l’inquiétude sanitaire. Mais, ajoute-t-il, « il y a malgré tout, dans les services de l’État, un anticléricalisme classique, qui fait que les religions sont toujours considérées avec un déficit de confiance. »
Sur KTO, Mgr Rougé a même évoqué un «tropisme anticatholique » en déclarant : « je crois que pour pas mal de nos dirigeants, c’est très difficile de comprendre à quel point les croyants ont une soif profonde de se retrouver pour célébrer la foi », estime-t-il.
« Pourquoi les messes ne peuvent-elles pas reprendre alors que nous nous engagions à respecter les gestes barrières et la distanciation physique ? », demande aussi Mgr Dominique Lebrun, l’archevêque de Rouen, qui partage « l’incompréhension de beaucoup devant la relégation de la liberté de culte à la dernière roue du carrosse de la nation française. »
Pour l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, s’exprimant sur Radio Notre-Dame, les catholiques ont même l’impression d’être pris pour « des gamins incapables de mettre en place quelque chose ». Pourtant, souligne-t-il, à Paris, 27 paroisses distribuent une aide alimentaire depuis le début du confinement, dans le respect des normes sanitaires.
Le philosophe Pierre Manent voit dans cette décision gouvernementale « un symptôme de la mise à l’écart, de la marginalisation de la religion dans notre société ». « Il n’y a pas le moindre effort d’attention. Et même un désir de bien montrer qu’il n’y a pas de raison d’accorder une attention particulière à l’Église catholique », analyse le philosophe qui s’en dit « attristé, comme catholique et comme citoyen ». « Une république vigoureuse et saine pourrait être plus généreuse, avec ses citoyens croyants », ajoute-t-il.
« Le soutien spirituel et la pratique communautaire font partie des choses essentielles, avec l’action caritative de terrain, reprend le père Thierry Magnin. Continuer le soutien caritatif et vivre les sacrements participe d’un même mouvement. C’est sur cet angle-là qu’on veut continuer de reprendre le dialogue avec le gouvernement. »
« La foi n’est pas une affaire privée, elle est d’essence communautaire » souligne Mgr Aveline archevêque de Marseille, qui rajoute que « la foi a besoin de célébrations et donc de rassemblements. Le déconfinement ne peut pas être seulement guidé par des impératifs d’ordre économique et sanitaire. Il faut aussi que la vie sociale, culturelle et religieuse puisse progressivement redémarrer. Car pour toute vie humaine, le sens et la relation font partie de l’essentiel. L’Église catholique a montré qu’on pouvait compter sur elle comme partenaire des pouvoirs publics pour réussir le confinement: n’ayons pas peur de lui faire confiance pour réussir durablement le déconfinement ! ».
Même dans la tristesse de ne pas pouvoir célébrer ensemble jusqu’au 2 juin, nous devons continuer, là où nous sommes, à respecter les consignes données par les autorités (en particulier jusqu’au 11 mai). Mgr de Moulins-Beaufort, président de la CEF a déclaré ce jeudi : « Nous vivons dans un régime de liberté, avec des justes raisons de restrictions pour lutter contre l’épidémie et nous devons respecter les règles : c’est de la responsabilité du politique ». Merci à chacun pour l’avoir fait jusqu’à présent. Et l’on sait que le moindre « couac » peut être monté en épingle par les médias. Par ailleurs, notre pape nous invite à la « prudence » et à l’« obéissance » aux mesures gouvernementales. Faisons confiance à nos évêques !


P. Michel, 1er mai (en utilisant des matériaux pris dans le journal La Croix)