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Nous continuons à être confinés…et pourtant ce dimanche nous sommes invités à marcher…Et plus loin que le kilomètre autorisé pour se dégourdir les jambes en sortant de chez soi. Et pas besoin d’attestation de déplacement dérogatoire !
Marchons avec les deux disciples qui s’en vont pensifs et la tête pleine des événements qu’ils ont vécus au cours des derniers jours.

 
Ils essaient de comprendre ce qui vient de se passer, mais ils ne savent pas bien quel sens donner à tout cela. En marchant sur la route vers Emmaüs, les deux disciples discutent en s’inspirant des Écritures qu’ils connaissent bien. Ils se rappellent certainement les enseignements de Jésus qu’ils ont côtoyé avant sa mort, mais la lumière ne vient pas. Ils sont accablés : ils ne comprennent pas.
Et voilà qu’ils sont rejoints par un autre marcheur qui engage la conversation avec eux. Les deux disciples racontent leur désillusion et leur tristesse : ils avaient mis leur confiance et leur espérance en celui qui est mort sur une croix le vendredi précédent. Leur chemin est comme un « chemin de croix ». C’est à n’y rien comprendre. Mais la présence de cet étranger leur fait du bien. Au fur et à mesure qu’ils marchent, qu’ils parlent, qu’ils écoutent cet étranger, leurs cœurs sont comme saisis…Il se passe quelque chose…
Pourtant, celui qui marche avec eux les apostrophe sans ménagement : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Par le jeu des retours à l’Écriture et à la Parole de Dieu, leur compagnon donne sens à ce qu’ils ont vécu. « Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture ce qui le concernait ». Les deux disciples perçoivent alors le renversement que Dieu provoque pour son Peuple qui attendait un souverain triomphant et à qui il donné un Serviteur souffrant qui se présente comme l’Agneau sacrifié pour le salut de toutes et de tous. Ces paroles relues dans le prophète Isaïe mettent en perspective ce qui s’est passé.
Lorsqu’il est l’heure de prendre le repas du soir, Cléophas et l’autre disciple invitent leur compagnon de marche à casser la croûte avec eux. Et là tout se dévoile. Lorsque les gestes que Jésus a légués à ses disciples sont reproduits - la fraction du pain - ils perçoivent dans leur foi en la Parole de Dieu que c’est le Christ qui est avec eux. Alors leurs yeux s'ouvrent et ils le reconnaissent. Ils ne seront plus les mêmes : ils ont rencontré le Seigneur ressuscité.
Pour eux, dans la fraction du pain, se crée une relation de personne à personne, une rencontre inexprimable, mais bien réelle. L’absence physique demeure bien sûr, mais elle n’empêche pas une présence autre, mais authentique. C’est ce dont ils vont témoigner aux autres disciples sur le champ. Luc ne dit pas s’ils ont payé l’aubergiste, ni combien de temps ils ont mis pour retourner à Jérusalem. La rencontre qu’ils viennent de faire leur a donné « des ailes » pour aller partager avec les autres disciples réunis à Jérusalem : « Ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain ». Privés de la présence physique de Jésus, ils l’ont reconnu bien vivant dans les gestes de la fraction du pain.
Jésus est bien vivant, telle est le coeur de la foi chrétienne. Saint Pierre l'explique aux gens de Jérusalem le matin de la Pentecôte. Après avoir lui aussi, comme le compagnon des disciples d’Emmaüs, reprit le message des Écritures, il en dégage les mots de David qui annoncent la résurrection de Jésus. Pierre affirme : « En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez ».
Saint Pierre met le doigt sur le message essentiel de la Bonne Nouvelle qu'il prêche : la résurrection de Jésus. Parce que Jésus est ressuscité, les limites du temps et de l’espace sont tombées. Quel que soit le moment et dans n’importe quel lieu, toute personne peut le rencontrer elle aussi, comme les disciples d’Emmaüs en ont fait l’expérience. Cette rencontre avec le Ressuscité se fait par la Parole de Dieu et par le partage du Pain. La Parole et le Pain sont pour nous des signes de la présence du Ressuscité et en même temps un envoi vers nos frères et sœurs.
Les disciples d’Emmaüs nous invitent à devenir nous aussi des marcheurs et des parleurs. Des marcheurs sur le chemin de la foi au Christ Ressuscité. Ce chemin n’est pas sans risque. Mais c’est un beau risque, celui de l’attachement à la personne de Jésus que nous reconnaissons toujours vivant et dont nous avons à témoigner à temps et à contre-temps par nos paroles et par notre agir.
En devenant chrétien par le baptême, nous n’avons pas souscrit une « assurance tous risques ». Notre vie comporte ses moments d’hésitations, de doutes, de retards, de lenteurs, mais elle est remplie d’une espérance fondée sur la foi en la Résurrection du Jésus. Une espérance qui nous met en marche, une espérance nourrie par la Parole et le Pain partagés, une espérance qui nous fait dire et redire : « reste avec nous, Seigneur ! »
Amen !