lavement des piedsTexte de l'homélie à télécharger ici : pdfhomélie Jeudi Saint

« La nuit même où il fut livré, il prit le pain, en te rendant grâce il le bénit, il le rompit et le donna à ses disciples en disant : "Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous" ». Nous connaissons par cœur ces paroles, mais avec l’habitude, nous risquons de ne plus en percevoir la portée : le Christ s’est « livré pour » nous. Il a « aimé les siens qui étaient dans le monde », et les a aimés « jusqu’au bout ». Le triduum célèbre ce mystère de Pâque qui nous rend participants de la vie du ressuscité. Plus qu’un rite, l’Eucharistie conduit au cœur du mystère. Même si nous ne pouvons participer à la messe, nous pouvons méditer et prier avec la prière eucharistique.

 

Bien souvent, les mots sont trop pauvres pour dire ce que l’on voudrait exprimer. Alors, ils s’effacent devant les gestes qui peuvent avoir plus de poids que de simples paroles. Ce soir, avec tous les chrétiens du monde entier, nous nous concentrons sur un geste du Christ : "Jésus, ayant aimé les siens… les aima jusqu’au bout….Il se lève de table… Il se mit à laver les pieds de ses disciples." Ce que rapporte Jean, c’est comme un testament qui nous fait part des dernières volontés de Jésus. Ce testament de Jésus, c’est celui de Dieu. Il ne comporte pas de considérations hautement religieuses, mais il parle de laver les pieds des disciples ; c’est le travail du serviteur, de l’esclave. Lui, le Maître et Seigneur, a lavé les pieds de ses disciples. À plus forte raison, nous devons, nous aussi nous mettre au service les uns des autres.
Pas de quoi faire la une des journaux. Ici, rien de glorieux, au sens de paraître et briller. D’ailleurs, le mot "gloire" dans la langue des hébreux, désigne "ce qui a du poids". Une vie qui a du poids, c’est celle qui est au service des autres, nous dit Jésus. Nous avons tendance à l’oublier.
Les circonstances actuelles redonnent de la visibilité à un certain nombre de professions qui sont passées bien inaperçues, qui ne sont guère valorisées. On découvre l’importance des « aides-soignantes » dans les EHPADs par exemple, des chauffeurs de poids lourds qui permettent d’approvisionner les magasins en nourriture, des mamans qui arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants, etc…. Bien souvent, ces humbles services de tous les jours ne sont pas reconnus à leur juste valeur.
Et puis, ce service passe par des choses toutes simples : en cette période de confinement, on va faire des courses pour des personnes en risque sanitaire, on téléphone aux personnes seules, on prend le temps d’écouter celui ou celle qui a besoin de parler. Jésus a fini sa vie en « nouant le tablier ». Il nous recommande de rester "en tenue de service". Peu importe que ce soit celle de la mère de famille, la blouse de l’infirmière ou la tenue règlementaire de tel ou tel lieu de travail : L’important c’est de servir, de donner le meilleur de nous-mêmes pour que les autres soient plus heureux.
Si l’évangile Jean insiste si fort sur ce service des autres, c’est qu’il est en lien très étroit avec l’Eucharistie. Pour saint Jean, raconter le Pain et le Vin ou celui du lavement des pieds des disciples, c’est la même chose : il s’agit toujours de donner sa vie. Cet évangile veut nous apprendre à nous donner comme Jésus. Quand il nous dit : "Faites ceci en mémoire de moi » cela signifie : « Faites-en autant. Je vous ai lavé les pieds pour que vous fassiez de même entre vous. Cela n’est pas réservé à quelques personnes particulières, hors du commun, comme l’Abbé Pierre, Mère Térésa de Calcutta ou Sœur Emmanuelle et qui nous dédouaneraient de toute implication personnelle.
Oui, nous sommes invités à mettre nos pas dans les leurs, eux qui ont mis leur pas dans ceux du Christ. Ne faisons pas semblant…Laissons résonner en nous cette parole de Jésus : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».
Quelquefois on parle, à propos de la messe, de "service religieux". C’est une belle expression. Mais nous devons toujours nous rappeler que le service ne peut être service de Dieu que s’il est service de l’homme. Nous sommes envoyés dans le monde pour faire ce que Jésus a fait, servir et aimer comme lui et avec lui. Faire mémoire de Jésus c’est tout faire « pour que rien de Lui ne se perde », c’est « nouer le tablier…comme Lui ».