lazare18Evangile de Jn 11,1-45

Texte de l'homélie du Père Michel Bernard à télécharger ici : pdfhomélie 5ème dim. Carême

La résurrection de Lazare, nous devrions dire plus justement la réanimation de Lazare, que l’Eglise a choisie pour ce 5ème dimanche de Carême est le dernier signe accompli par Jésus avant son ultime montée vers Jérusalem. C’est un signe, comme le nomme l’Evangéliste Jean, parmi les plus spectaculaires avec celui de la tempête apaisée rapportée par les 3 autres évangélistes. Ces deux récits poursuivent le même but : nous montrer que pour Jésus les limites habituelles n’existent pas. La puissance de la grâce de Dieu qu’il apporte au monde franchit tous les obstacles. Il n’y a plus de barrières si la foi est au rendez-vous. Mais n’allons pas trop vite … car cet évangile au dénouement si lumineux est quand même assez curieux.

 N’est-il pas un peu étrange que Jésus, que nous voyons profondément bouleversé et ému jusqu’aux larmes, ait volontairement retardé sa venue au chevet de son ami ? Lorsqu’il apprend la maladie de Lazare, Jésus attend deux jours avant de se mettre en route. Et quand il arrive enfin à Béthanie, il découvre que celui-ci est au tombeau depuis quatre jours. « Si tu avais été là », lui glisse alors Marthe, un soupçon de reproche dans la voix. « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. ». Autrement dit : « tu l’aurais empêché de mourir. Nous n’en serions pas là et la vie aurait continué avec Lazare, comme avant, avec ses bons et ses moins bons moments. Pourquoi n’es-tu pas venu ? » Bien sûr, nous pouvons nous reconnaître dans ces paroles de Marthe. Qui parmi nous n’a jamais pleuré un proche et levé les yeux au ciel en espérant secrètement qu’une intervention divine vienne le guérir d’une maladie ou mieux, lui éviter la mort, cette mort si difficile à affronter et qui nous fait peur ? Qui parmi nous ne souhaiterait pas que l’épidémie qui nous confine chez nous soit arrêtée par une intervention divine ?
Or, Jésus a bien entendu le message des deux sœurs. Il a bien compris que leur prière était un appel au secours. Mais il laisse la mort faire son œuvre. Il laisse la séparation s’imposer comme une nécessité. A travers cela Jésus nous redit une vérité à la fois simple et fondamentale : tout croyant que nous soyons, nous ne serons pas dispensés de la mort physique. Et il n’appartient pas à la foi de chercher à effacer ou à nier cette réalité incontournable. La mort demeure la mort.
Pourtant, la réanimation de Lazare est bien une authentique victoire de Jésus sur la mort, et la mort sous toutes ses formes ! Jésus n’aime pas les tombeaux. Les pierres roulées, les bandelettes ne sont vraiment pas son truc ! Jésus n’aime pas ce qui entrave, ce qui ligote…il veut nous en libérer. Encore faut-il le laisser faire…donc l’accueillir dans nos vies et vivre de lui. N’avons-nous pas souvent laissé les bandelettes mondaines nous ligoter ? ne disons-nous pas : « il faut vivre avec son temps »…
Si nous relisons le dialogue entre Jésus et Marthe, nous comprenons que Marthe, comme certains groupes juifs à son époque, croit à une résurrection des morts à la fin des temps. Mais cette éventualité est bien trop lointaine pour la consoler de sa peine. Un peu comme pour nous, pour qui l’impact concret de la résurrection sur la vie quotidienne est réduit à pas grand-chose. Et c’est là que Jésus prend la parole en centrant tout sur sa personne et qu’il lui déclare solennellement : « Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.» À entendre Jésus, la résurrection pour celui qui croit en lui est déjà là, elle est déjà à l’œuvre dans nos vies. Elle nous est déjà donnée. Jésus nous fait comprendre que la mort est une menteuse lorsqu’elle se fait passer pour le dernier mot de nos vies.
Mais il y a aussi une autre bonne nouvelle : pour Jésus, il n’est jamais trop tard. N’est-ce pas la situation où Jésus se retrouve avec Lazare ? Il est trop tard. Et on dirait qu’il l’a fait exprès…pour révéler le Dieu de l’impossible. Ce qui paraît mort, ne l’est pas vraiment. N’est-ce pas le cas pour notre Eglise…Nous avons l’impression, pas fausse d’ailleurs, qu’elle est en train de disparaître de notre pays, de notre monde européen…Avons-nous la foi en l’action du Dieu de l’impossible ? C’est lorsque tout semble perdu, lorsqu’il est trop tard pour nos regards humains, que la grâce de Dieu se manifeste. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle dans la première lecture : « quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ».
Cet abandon confiant n’est pas du défaitisme. Il nous met sur la voie de la foi qui, non seulement s’exprime dans des rites ou des instituions, mais dans une relation personnelle avec celui en qui nous mettons notre confiance. Cette relation personnelle se vivra en nous faisant sortir de nos étroitesses et de nos projets à courte vue. Cette relation personnelle sera une relation d’amour, de confiance et d’abandon. C’est une relation qui fait vivre comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »
Jésus a vécu toute sa vie un abandon total à Dieu, qu’il nous révèle comme Père, et ici devant le tombeau de Lazare la réponse de Dieu est manifestée devant tout le monde. L’abandon total de Jésus se terminera sur la croix, mais alors que c’est trop tard pour ses disciples, rappelons-nous les disciples sur le chemin d’Emmaüs, le matin de Pâques la situation est retournée. Il est ressuscité. Il a franchi les limites de la mort et il est vivant !
Quand on découvre les initiatives qui sont prises dans notre doyenné dans ce temps de confinement pour garder le lien, pour partager des moments de prière, pour se soutenir et s’entraider, tout n’est pas perdu. Notre foi, qui ne paraît pas toujours flamboyante, tout d’un coup suscite de belles initiatives ! Que ce temps que nous vivons, où nous nous demandons ce que fait Dieu, soit un temps pour renouveler notre confiance, affermir notre foi en celui qui nous dit : Je suis la résurrection et la vie.
Confiance ! Tout n’est pas perdu ! Le Seigneur est là ! Vivons-le !