106C aveugle neTexte à télécharger ici : pdfhomélie 4ème dimanche Carême

Dans le long récit que l’Eglise nous propose pour ce 4ème dimanche de Carême, Jésus n’est présent qu’au début… et à la fin. Entre les deux, il est absent. Jésus sort du Temple, voit l’aveugle-né, lui met de la boue sur les yeux et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Puis le texte ne nous parle plus de Jésus jusqu’à ce qu’il rencontre à nouveau celui qui était aveugle-né, à la fin du récit. Et ce n’est qu’à ce moment-là que celui-ci, maintenant guéri de sa cécité, sera capable de dire :« Je crois, Seigneur!»
Que se passe-t-il pour que l’aveugle évolue ainsi entre sa guérison et sa profession de foi, alors que Jésus est absent ? Eh bien, il fait plusieurs rencontres, en particulier avec les voisins ou avec les pharisiens. Au cours des différents témoignages qu’il doit porter pendant que Jésus n’est plus là, la foi de l’aveugle grandit petit à petit. Aux voisins, il commence par confirmer son identité et ce que Jésus a fait pour lui. Ensuite, aux pharisiens, une première fois, il affirme que Jésus est un prophète. Puis, il va plus loin lors d’une deuxième rencontre avec eux ; il ose affirmer que Jésus vient de Dieu. Il est conscient que cette affirmation peut le faire exclure par les pharisiens… ce qui finit par arriver.

À force de devoir témoigner, et même dans l’adversité, la foi de l’aveugle se précise, se consolide. C’est pour cela que, lorsqu’il rencontre une dernière fois Jésus, il est enfin capable d’affirmer fermement qu’il croit en Lui.
C’est en dialoguant avec Jésus que la foi de la samaritaine avait pu s’approfondir. Mais ici, c’est dans l’épreuve, dans la rencontre avec ses voisins incrédules, avec les pharisiens trop sûrs d’eux et de leurs connaissances, que la foi de l’aveugle s’affermit. Etre baptisé, être chrétien n’est pas un chemin toujours confortable.
Cet aveugle, c’est un peu l’image de tout baptisé. On dit du chrétien qu’il a reçu la lumière au jour de son baptême. Comme l’aveugle, ses yeux se sont ouverts. Et pourtant, comme l’aveugle, il est confronté à un double obstacle : d’une part Jésus n’est plus là, d’autre part, il se trouve face à un monde pas facile et disons-le souvent hostile.
Mais ce n’est pas insurmontable. C’est même le statut habituel du chrétien. Tout chrétien est appelé à témoigner de Jésus dont la présence n’est pas évidente. Et de plus, il doit le faire dans un univers souvent défavorable, y compris sa propre famille. Mais, c’est comme cela que le témoignage du baptisé devient plus solide.
C’est même dans l’adversité que la foi du chrétien se précise, se consolide, se déploie le mieux. Face à un laïcisme militant, face à un monde qui nous malmène, nous sommes conduits à approfondir ce qui fait le cœur de notre foi, le kérygme : Jésus Christ, fils de Dieu, est mort pour nos péchés et Il est ressuscité, et Il nous invite à le suivre.
Au cours de ce carême, nous sommes appelés à nous ré-ancrer en Jésus. Comme l’aveugle qui fût bouleversé par sa rencontre avec Jésus et qui ose affirmer sa foi en Lui, malgré une assemblée malveillante, osons témoigner avec spontanéité, avec audace, sans complexes ! Nous proclamons notre foi, ni parce que nous sommes meilleurs que les autres, ni par provocation. Nous le faisons par conviction, et même pour aider humblement les autres. Lorsque, tel l’aveugle-né, on a expérimenté Jésus comme son sauveur, comment pourrait-on garder ce trésor pour soi ? En nous attachant à Jésus, en choisissant Dieu, nous découvrons comment être véritablement chrétiens au cœur de ce monde.
Et ce monde, qui s’étourdissait de sa toute puissance technologique, qui pensait avoir une solution pour chaque problème, découvre sa fragilité. A nous de le pointer vers la lumière du Christ !